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L'hyper-moderne station d'épuration de Bruxelles-Nord, inaugurée en grande pompe en mars 2008 a été mise à l'arrêt. Son exploitant Aquiris nage en eau trouble.
Un désastre écologique. La décision unilatérale de la société privée Aquiris d'arrêter la station d'épuration de Bruxelles-Nord, fleuron technologique européen d'un milliard d'euro, aura de lourdes conséquences : écologiques mais aussi politiques. Imaginez. Depuis le 25 novembre, les eaux usées de 1,1 millions d'habitants de la région bruxelloise et de la périphérie flamande, se déversent dans la Senne et, via la Dyle et le Rupel, dans l'Escaut. Aquiris, qui gère la station, invoque un problème technique et n'a prévenu les autorités compétentes que le 9 décembre. Mais il est clair que ce n'est qu'un prétexte. Le 14 décembre Aquiris a convoqué la presse pour montrer les gravats, pierres et autres objets posant problèmes. Mais pour quelqu'un qui connait l'épuration, il n'y a là rien d'anormal et certainement aucun motif pour mettre une station à l'arrêt. Pour faire impression, la direction agite même le spectre d'une explosion. Vaste supercherie.
Depuis la mise à l'arrêt délibérée, rien ne bouge du côté de la Ministre Ecolo de l'environnement, Evelyne Huytebroeck qui avoue toute son impuissance : « Aquiris est une société privée, nous ne pouvons pas intervenir comme ça ». Pourtant Aquiris commet une rupture de contrat et enfreint son permis d'environnement. Tout au plus agite-t-elle le spectre d'amendes financières.
Il est vrai que la société n'en est pas à ça près et que la Ministre a déjà laissé passer beaucoup de choses.
Le début de la phase d'exploitation de la station a été stipulé officiellement le 26 juin 2008 avec un retard de près de 16 mois. Ce qui impliquait, selon le contrat qui lie Aquiris à la Région bruxelloise, des amendes s'élevant à 12 millions d'euros. Mais voilà que la région conclut un nouvel accord des plus défavorable (dixit la Cour des Comptes) et accepte de reconnaître que la phase d'exploitation a commencé le 3 mars 2007. Les 12 millions d'amendes passent ainsi aux oubliettes. Allez comprendre.
Et ce n'est pas tout. La station devait être définitivement admise début 2009, après vérification de son bon fonctionnement. Mais voilà, en décembre, toujours rien. La station connaîtrait de nombreux dysfonctionnements et les normes d'épuration stipulées dans le cahier des charges ne seraient pas atteintes. 'On n'en sait pas plus. Mais il y a fort à parier que c'est là qu'il faut chercher les vraies raisons de la mise à l'arrêt. Atteindre les normes d'épuration pourrait nécessiter d'importants investissements, qu'Aquiris aimerait bien récupérer à la Région. La mise à l'arrêt serait alors un honteux chantage de la part du groupe privé. '
Aquiris gère la station de Bruxelles-Nord selon un « Partenariat Public Privé ». En résumé, la construction de la station lui a été confiée ainsi que son exploitation pendant 20 ans au terme desquels elle passera aux mains de la Région bruxelloise. Pour ce faire, la région paie la somme faramineuse de 830 millions d'euros (hors TVA) en 20 ans. Soit plus de 40 millions par an. C'est – ou plutôt c'était - la fierté du gouvernement bruxellois et de la Ministre de l'environnement. En attendant c'est le consommateur qui paie puisque les frais d'épuration lui sont facturés. Et le prix de l'assainissement augmentera de 10 % par an entre 2010 et 2013. En 2018 il serait de 60 centimes au mètre cube (contre 37 aujourd'hui). Une personne consomme en moyenne 100 à 120 mètres cubes d'eau par an. Faites le calcul, cela fera près de 100 euros en plus sur la facture d'un ménage de quatre personnes.
En attendant les eaux usées continuent de se déverser dans nos rivières. On ne comprend vraiment pas l'attitude du gouvernement bruxellois. Alors qu'il suffirait d'assigner Aquiris de toute urgence devant le tribunal pour l'obliger à respecter ses engagements contractuels et son permis d'environnement, avec astreintes à la clé. Il n'est pas tolérable qu'une société privée puisse ainsi prendre en otage tout un écosystème et toute une région. C'est le parquet de Bruxelles qui a dû prendre l'initiative.
Qui se cache derrière Aquiris ?
La société Aquiris a été fondée en 2001 pour la construction de la station d'épuration de Bruxelles-Nord. Elle est à 97 % aux mains de Veolia Eau. Veolia Eau, anciennement la Générale des Eaux, est une des trois branches de Veolia Environnement, un groupe surtout français, leader mondial en services environnementaux. L'entreprise est spécialisée dans le traitement et la distribution des eaux, la gestion des déchets, de l'énergie et du transport. Elle a réalisé en 2008 un chiffre d'affaire de 36 milliards d'euros et un bénéfice de 405 millions d'euros (en nette diminution – du fait de déboires en Allemagne - par rapport à 2007 où le bénéfice s'élevait à 928 millions). Veolia Environnement est présent dans 67 pays et compte plus de 300 000 travailleurs (dont plus de 1000 en Belgique).
Toute cette histoire illustre à merveille qu'on ne peut d'aucune façon faire confiance au privé pour des missions de service public. L'épuration des eaux usées est par excellence une tâche de service public.
Le PTB exige :
- toute la clarté sur le fonctionnement de la station de Bruxelles-Nord, la qualité des eaux usées rejetées et les transactions financières.
- la remise en service immédiate de la station, la ministre Huytebroeck doit immédiatement assigner Aquiris devant le tribunal et exiger des astreintes importantes pour la remise en service.
- si Aquiris refuse de s'exécuter et n'est pas en mesure de respecter ses engagements, il y a rupture de contrat et il faut y mettre fin. La station doit être confiée à une société publique.
- la diminution du prix d'assainissement de l'eau aux frais d'Aquiris : les Bruxellois ne doivent pas payer pour une épuration qui n'existe pas ou qui ne correspond pas aux normes.
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