|
|
On ne sait pas encore exactement quand il y aura de nouveau des poissons dans la Senne : l’installation d’Aquiris ne répond toujours pas aux normes imposées, du fait que le différend opposant la Région bruxelloise et Aquiris doit toujours être réglé par un tribunal. De plus, viennent maintenant s’ajouter les procès intentés par la Région flamande et diverses villes flamandes.
Était-ce une bonne idée de confier l’épuration des eaux usées bruxelloises à une société privée ? Aquiris est l’une des nombreuses filiales que possède dans 67 pays la multinationale française Veolia (anciennement Vivendi). Dans Le Soir, le directeur général de Veolia, Antoine Frérot, fait l’article pour son commerce privé : « Quand on sait que, chaque année, il y a trois millions de morts en raison de problèmes d’eau, l’inefficience est dans ce cas plus immorale que les bénéfices des sociétés privées de distribution d’eau. » C’est ce qu’il écrivait en avril 2009 ; le fâcheux épisode de la station d’épuration de Bruxelles-Nord a prouvé qu’il avait tort. Il y a cinq bonnes raisons pour que l’épuration de l’eau reste une affaire publique.
L’épuration de l’eau, la distribution d’eau potable, la collecte des ordures ménagères… sont des services cruciaux qui doivent être assurés en permanence. Seul un service public peut garantir cette continuité. Le 8 décembre, Aquiris mettait carrément à l’arrêt la station d’épuration, avec les conséquences catastrophiques que l’on sait. Un service public ne ferait jamais cela. Wim Van Gils, de la Bond Beter Leefmilieu (association pour un environnement meilleur), y va d’une comparaison pertinente : « Imaginez qu’il n’y ait pas de station d’épuration à Bruxelles-Nord, mais une prison. Accepterait-on que l’exploitant privé laisse s’en aller les détenus parce que la porte d’entrée est endommagée et qu’il y a des discussions à propos de qui va payer la nouvelle ? »1
Une société privée peut également faire faillite. Selon certains, on y est presque, pour Aquiris, et De Tijd croit savoir que Veolia veut vendre l’entreprise. Veolia nie mais que va-t-il se passer si, demain, le groupe estime que la station n’est plus suffisamment rentable ?
Bien avant encore que la station d’épuration ne soit mise à l’arrêt, Aquiris avait déjà introduit plainte sur plainte contre la Région bruxelloise pour des frais prétendument imprévus, alors que le chantier connaissait un lourd retard et que la station d’épuration ne répondait pas aux normes. C’est pourquoi elle n’a toujours pas été livrée définitivement. Ce sont ces conflits en souffrance et non un problème technique qui ont provoqué l’arrêt de la station. Selon Wim Van Gils, « l’escalade dans cette discussion a été une conséquence directe de la construction mise en place autour de cette station. Les autorités bruxelloises ne gèrent pas la station elles-mêmes, mais l’ont confiée à une entreprise privée. Des discussions apparaissent ainsi forcément à propos de ce qui figure ou pas dans le contrat. »
La Région bruxelloise, de ce fait, dû faire réaliser une étude pour prouver que les eaux usées bruxelloises contiennent exactement autant de sable aujourd’hui qu’il y a dix ans.
Selon Guy Dries, ingénieur depuis vingt ans à l’épuration flamande des eaux, Aquiris a cherché elle-même les problèmes. « Dans la construction de la station, Aquiris a fait de mauvais choix pour comprimer les prix.»2 Ainsi, pour le pompage des eaux usées vers la station, l’entreprise a opté pour la solution la moins chère, des pompes immergées, alors que des vis d’Archimède (vérins) étaient indiquées. « Si Aquiris avait opté pour cette solution, il n’y aurait pas aujourd’hui de problème d’ensablement, car les vérins sont bien plus robustes.» Et de conclure : « Cette station d’épuration, telle qu’elle est là, c’est du bricolage qui coûte beaucoup d’argent au contribuable. »
Le contrat avec Aquiris coûte aux contribuables bruxellois 830 millions d’euros (dont environ 200 millions pour la construction et le reste pour l’exploitation), sur une période de vingt ans. Par définition, ce pourrait être moins cher, car comment l’entreprise autrement pourrait-elle faire du bénéfice ?
La région bruxelloise a peu de moyens. Soit. Mais Aquiris s’est empressé d’emprunter aux banques pour financer son projet. Pourquoi la Région ne pouvait-elle faire de même ?
Veolia est aussi active dans le ramassage et la transformation des déchets. À la mi-décembre, une grève éclatait dans les sites limbourgeois de Veolia Environmental Services.
Bref, monsieur Frérot, l’épuration d’eau doit rester dans des mains publiques ! Le gain d’argent par d’une entreprise privée va d’ailleurs à l’encontre de l’intérêt général. C’est ce que conclut également Wim Van Gils, de la Bond Beter Leefmilieu : « La propreté des rivières ne peut dépendre de la responsabilité d’une firme privée. Parce qu’une question d’argent ne peut gâcher la qualité de notre eau. »
1. De Standaard, 15 décembre 2009.
2. De Standaard, 23 décembre 2009.
Des bébés en couveuse au Koweït à la ministre de l’Environnement Huytebroeck
Que la moitié de la Flandre et même une grande partie des verts ait rejeté la faute de la pollution de l’eau de la Senne sur la ministre bruxelloise de l’Environnement Huytebroeck plutôt que sur la firme privée Aquiris, c’est surtout dû au… communicateur de crise Hill & Knowlton. Ou, du moins, à son porte-parole néerlandophone Peter Otten qui, depuis peu, travaille pour Aquiris. Le nom ne vous dit rien ? Hill & Knowlton seront connus longtemps encore pour la façon dont, en décembre 1990, ils avaient convaincu le Congrès américain de voter les plans de guerre de Bush Ier en Irak. L’entreprise avait fait témoigner devant le Congrès une gamine de quinze ans qui, en larmes, avait expliqué comment, à l’hôpital Al-Addan, au Koweït, l’armée irakienne avait sorti 312 bébés – à croire qu’elle les avait comptés ! – des couveuses pour les tuer en les projetant au sol. Une invention pure et simple mais, le lendemain, le Congrès abondait bel et bien dans le sens de Bush… (GVD)
On ne sait pas encore exactement quand il y aura de nouveau des poissons dans la Senne : l’installation d’Aquiris ne répond toujours pas aux normes imposées, du fait que le différend opposant la Région bruxelloise et Aquiris doit toujours être réglé par un tribunal. De plus, viennent maintenant s’ajouter les procès intentés par la Région flamande et diverses villes flamandes.
Était-ce une bonne idée de confier l’épuration des eaux usées bruxelloises à une société privée ? Aquiris est l’une des nombreuses filiales que possède dans 67 pays la multinationale française Veolia (anciennement Vivendi). Dans Le Soir, le directeur général de Veolia, Antoine Frérot, fait l’article pour son commerce privé : « Quand on sait que, chaque année, il y a trois millions de morts en raison de problèmes d’eau, l’inefficience est dans ce cas plus immorale que les bénéfices des sociétés privées de distribution d’eau. » C’est ce qu’il écrivait en avril 2009 ; le fâcheux épisode de la station d’épuration de Bruxelles-Nord a prouvé qu’il avait tort. Il y a cinq bonnes raisons pour que l’épuration de l’eau reste une affaire publique.
L’épuration de l’eau, la distribution d’eau potable, la collecte des ordures ménagères… sont des services cruciaux qui doivent être assurés en permanence. Seul un service public peut garantir cette continuité. Le 8 décembre, Aquiris mettait carrément à l’arrêt la station d’épuration, avec les conséquences catastrophiques que l’on sait. Un service public ne ferait jamais cela. Wim Van Gils, de la Bond Beter Leefmilieu (association pour un environnement meilleur), y va d’une comparaison pertinente : « Imaginez qu’il n’y ait pas de station d’épuration à Bruxelles-Nord, mais une prison. Accepterait-on que l’exploitant privé laisse s’en aller les détenus parce que la porte d’entrée est endommagée et qu’il y a des discussions à propos de qui va payer la nouvelle ? »1
Une société privée peut également faire faillite. Selon certains, on y est presque, pour Aquiris, et De Tijd croit savoir que Veolia veut vendre l’entreprise. Veolia nie mais que va-t-il se passer si, demain, le groupe estime que la station n’est plus suffisamment rentable ?
Bien avant encore que la station d’épuration ne soit mise à l’arrêt, Aquiris avait déjà introduit plainte sur plainte contre la Région bruxelloise pour des frais prétendument imprévus, alors que le chantier connaissait un lourd retard et que la station d’épuration ne répondait pas aux normes. C’est pourquoi elle n’a toujours pas été livrée définitivement. Ce sont ces conflits en souffrance et non un problème technique qui ont provoqué l’arrêt de la station. Selon Wim Van Gils, « l’escalade dans cette discussion a été une conséquence directe de la construction mise en place autour de cette station. Les autorités bruxelloises ne gèrent pas la station elles-mêmes, mais l’ont confiée à une entreprise privée. Des discussions apparaissent ainsi forcément à propos de ce qui figure ou pas dans le contrat. »
La Région bruxelloise, de ce fait, dû faire réaliser une étude pour prouver que les eaux usées bruxelloises contiennent exactement autant de sable aujourd’hui qu’il y a dix ans.
Selon Guy Dries, ingénieur depuis vingt ans à l’épuration flamande des eaux, Aquiris a cherché elle-même les problèmes. « Dans la construction de la station, Aquiris a fait de mauvais choix pour comprimer les prix.»2 Ainsi, pour le pompage des eaux usées vers la station, l’entreprise a opté pour la solution la moins chère, des pompes immergées, alors que des vis d’Archimède (vérins) étaient indiquées. « Si Aquiris avait opté pour cette solution, il n’y aurait pas aujourd’hui de problème d’ensablement, car les vérins sont bien plus robustes.» Et de conclure : « Cette station d’épuration, telle qu’elle est là, c’est du bricolage qui coûte beaucoup d’argent au contribuable. »
Le contrat avec Aquiris coûte aux contribuables bruxellois 830 millions d’euros (dont environ 200 millions pour la construction et le reste pour l’exploitation), sur une période de vingt ans. Par définition, ce pourrait être moins cher, car comment l’entreprise autrement pourrait-elle faire du bénéfice ?
La région bruxelloise a peu de moyens. Soit. Mais Aquiris s’est empressé d’emprunter aux banques pour financer son projet. Pourquoi la Région ne pouvait-elle faire de même ?
Veolia est aussi active dans le ramassage et la transformation des déchets. À la mi-décembre, une grève éclatait dans les sites limbourgeois de Veolia Environmental Services.
Bref, monsieur Frérot, l’épuration d’eau doit rester dans des mains publiques ! Le gain d’argent par d’une entreprise privée va d’ailleurs à l’encontre de l’intérêt général. C’est ce que conclut également Wim Van Gils, de la Bond Beter Leefmilieu : « La propreté des rivières ne peut dépendre de la responsabilité d’une firme privée. Parce qu’une question d’argent ne peut gâcher la qualité de notre eau. »
1. De Standaard, 15 décembre 2009.
2. De Standaard, 23 décembre 2009.
Des bébés en couveuse au Koweït à la ministre de l’Environnement Huytebroeck
Que la moitié de la Flandre et même une grande partie des verts ait rejeté la faute de la pollution de l’eau de la Senne sur la ministre bruxelloise de l’Environnement Huytebroeck plutôt que sur la firme privée Aquiris, c’est surtout dû au… communicateur de crise Hill & Knowlton. Ou, du moins, à son porte-parole néerlandophone Peter Otten qui, depuis peu, travaille pour Aquiris. Le nom ne vous dit rien ? Hill & Knowlton seront connus longtemps encore pour la façon dont, en décembre 1990, ils avaient convaincu le Congrès américain de voter les plans de guerre de Bush Ier en Irak. L’entreprise avait fait témoigner devant le Congrès une gamine de quinze ans qui, en larmes, avait expliqué comment, à l’hôpital Al-Addan, au Koweït, l’armée irakienne avait sorti 312 bébés – à croire qu’elle les avait comptés ! – des couveuses pour les tuer en les projetant au sol. Une invention pure et simple mais, le lendemain, le Congrès abondait bel et bien dans le sens de Bush… (GVD)
Ajouter un commentaire